La colistine est un antibiotique de dernier recours en médecine humaine qui permet de combattre les infections graves à diverses bactéries multi-résistantes aux antimicrobiens classiques. Malheureusement, en 2015, on a découvert que des bactéries ont développé des gènes de résistance contre la colistine, qui peuvent désormais être échangés avec d’autres espèces bactériennes et l’un des réservoirs identifiés (lieu ou hôte comportant ces bactéries) sont les animaux d’élevage, notamment, les porcs. Le hic, c’est que la colistine semble être efficace pour traiter une maladie coûteuse à l’industrie porcine, soit la diarrhée post-sevrage (DPS), causée principalement par certaines bactéries nommées Escherichia coli entérotoxinogène (ETEC). Il est important de rappeler que la colistine n’est pas homologuée en production animale au Canada. Toutefois, à cause de l’augmentation de la résistance des bactéries aux antibiotiques classiques, la colistine est parfois utilisée au Canada sous la responsabilité du médecin vétérinaire pour traiter des infections bactériennes digestives chez le porc.

 

Plusieurs chercheurs du Centre de recherche en infectiologie porcine et avicole (CRIPA) étudient cette maladie depuis plus d’une décennie. Afin d’orienter les éleveurs et les vétérinaires dans la prévention et le traitement, les Drs John M. Fairbrother, Francis Beaudry, Ann Letellier et Mohamed Rhouma de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal ont recensé la littérature scientifique (271 publications). Plusieurs aspects ont été étudiés tels que la sélection génétique de porcs résistants, la biosécurité, les stratégies vaccinales, la nutrition, les alternatives thérapeutiques au regard de leur force d’impact et de leur limite (coût, quantité de travail requis, etc.). La revue de toutes les stratégies testées à ce jour a été publiée dans Acta Vet Scand (2017) 59:31.

 

En ce qui a trait à la prévention, il ressort de cette analyse que la régie d’élevage et la vaccination sont les deux approches les plus prometteuses pour le contrôle de la DPS. De plus, les alternatives telles que les additifs alimentaires (acides organiques, prébiotiques, probiotiques, etc.) demeurent des options intéressantes, mais ne sont pas encore validées en élevage industriel pour prévenir ou traiter la DPS.

 

Lorsque des animaux tombent malades, et pour limiter l’utilisation de la colistine, les chercheurs recommandent une gestion étroite avant et durant le traitement qui se résume par :

  1. Isoler les animaux malades, pour ne traiter que ceux-ci;

  2. S’assurer que l’agent causal (étiologique) est bactérien par le biais de tests diagnostiques. D’une part, plusieurs cas de DPS sont causés par des virus, et donc le traitement antibiotique sera inutile;

  3. D’autre part la présence d’E. coli n’est pas suffisante pour discriminer des bactéries responsables de la DPS. Plusieurs études soulignent l’importance que seuls les ETEC produisant des toxines (LT et/ou STa ou STb) et une molécule servant à l’adhésion (notamment F4, possiblement F18) sont des agents causaux reconnus. Ainsi, les chercheurs recommandent d’utiliser la disparition de ETEC : F4 dans les fèces des porcelets comme marqueur pour le diagnostic moléculaire du DPS et pour l’évaluation de l’efficacité d’un traitement antimicrobien pour le contrôle de cette maladie. BMC Microbiology (2017) 17:6.

 

Sources : Mohamed Rhouma, John Morris Fairbrother, William Thériault, Francis Beaudry, Nadia Bergeron, Sylvette Laurent-Lewandowski et Ann Letellier. The fecal presence of enterotoxin and F4 genes as an indicator of efficacy of treatment with colistin sulfate in pigs. BMC Microbiology (2017) 17:6.

 

Mohamed Rhouma, John Morris Fairbrother, Francis Beaudry et Ann Letellier. Post weaning diarrhea in pigs: risk factors and non-colistin-based control strategies. Acta Vet Scand (2017) 59:31

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