Huiles essentielles : des molécules prometteuses pour contrer les infections respiratoires porcines

Des alternatives aux antibiotiques se doivent d’être développées pour lutter contre les bactéries infectieuses présentes dans les élevages canadiens. Une équipe de l’Université Laval a testé l’effet de neuf huiles essentielles sur six bactéries infectieuses responsables de troubles respiratoires chez le porc et causant d’importantes pertes économiques dans le cheptel porcin : Streptococcus suis, Actinobacillus pleuropneumoniae, Actinobacillus suis, Bordetella bronchiseptica, Haemophilus parasuis, et Pasteurella multocida.

 

Effet bactériostatique et bactéricide. Les huiles de thym, de sariette des montagnes et de cannelle ont présenté l’effet antibactérien le plus marqué sur les six espèces bactériennes testées (inhibition de croissance : effet bactériostatique ou à double concentration effet bactéricide : causant la mort bactérienne).

 

Impact sur les biofilms. Certaines des six espèces bactériennes à l’étude peuvent former des structures regroupant ces bactéries dans un gel protecteur adhéré à une surface et appelé biofilm. Les biofilms s’avèrent hautement résistants à l’action des antibiotiques. Cependant, les trois huiles essentielles, à leur concentration bactéricide, ont significativement réduit la viabilité des biofilms formés par Streptococcus suis et Actinobacillus pleuropneumoniae, sans toutefois entraîner leur détachement.

 

Outre les huiles essentielles, d’autres molécules telles les bactériocines sont à l’étude à titre d’antimicrobien. La nisine, une bactériocine notamment utilisée en industrie agroalimentaire à titre d’agent de conservation, est capable de détruire la membrane bactérienne de Streptococcus suis. La combinaison de la nisine, avec les huiles de thym ou de sarriette des montagnes a démontré, dans cette recherche, un effet synergique antimicrobien sur les souches de Streptococcus suis testées (c.à.d l'effet antimicrobien combiné des deux molécules est très supérieur à la somme des effets de chacune).

 

Enfin, l’équipe de chercheurs a vérifié si ces molécules pouvaient causer des dommages aux cellules respiratoires porcines, en exposant des cellules épithéliales de la trachée de porc aux trois huiles essentielles et à la combinaison avec la nisine. Aux concentrations minimales inhibitrices et concentrations minimales bactéricides, aucun dommage aux cellules respiratoires porcines n’a été noté.

 

Toutes ces données s’avèrent donc encourageantes pour la poursuite des travaux menant à des applications possibles en médecine porcine. Le choix du mode d’application (vaporisateur, patch ou pommade), et la stratégie d’intervention (thérapie ou prévention par aérosolisation des locaux) devront être évalués pour une adaptation efficace et rentable en porcherie. En effet, certaines utilisations en santé humaine requièrent la désinfection antibactérienne par vapeur durant 15-20 heures de petits locaux, alors que pour les virus 15 minutes semblent suffire.

Ainsi la prochaine étape devra vérifier l’efficacité en condition réelle : avec des essais directement sur l’animal lors d’infection expérimentale par exemple.

 

Sources : Antibacterial activity against porcine respiratory bacterial pathogens and in vitro biocompatibility of essential oils. Geneviève LeBel, Katy Vaillancourt, Philippe Bercier, Daniel Grenier. Archives of Microbiology (2019) 201:833–840.

 

Essential oils in the treatment of respiratory tract diseases highlighting their role in bacterial infections and their anti-inflammatory action: a review. Horvath G, Acs K. Flavour Fragr J (2015) 30:331–341.

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