Les mycotoxines, molécules produites par des moisissures, contaminent mondialement 25% des grains destinés aux humains et aux animaux. À certaines doses, les mycotoxines sont responsables entre autre de perte de poids chez les animaux d’élevages. Des additifs aux propriétés anti-mycotoxines sont commercialisés, mais peu efficaces sur le déoxynivalénol (DON). DON est une des mycotoxines affectant tout particulièrement les porcs qui a aussi des impacts sur la réponse aux infections virales (SRRP). Afin de valider l’impact protecteur d’un composé anti-mycotoxine sur le gain de poids de porcs, les chercheurs désirent quantifier minutieusement l’utilisation que l’animal fera des nutriments qu’il ingère, soit la digestibilité des nutriments chez des porcs recevant DON.

 

L’intestin grêle représente un long organe (en moyenne 6 m), sa portion faisant suite à l’estomac sert à absorber les nutriments et contient peu de microorganismes comparativement au colon ou gros intestin. Le colon est colonisé par une importante flore microbienne appelée microbiote. Cette région permet notamment de compléter la dégradation des aliments, maintenir l’équilibre hydrique du porc, d’absorber des molécules fabriquées par le microbiote, d’éliminer certaines toxines et de protéger contre des agents pathogènes. Actuellement les chercheurs s’intéressent de plus en plus au colon car il est impliqué dans la modulation de la réponse immunitaire et dans des échanges neurologiques avec d’autres organes (réponse inflammatoire, control de la satiété).

 

Une équipe pluridisciplinaire des Universités Laval et de Montréal a mesuré avec précision la digestibilité des nutriments chez des porcs exposés ou non au DON et soumis ou non à un additif anti-mycotoxine couplé à un mélange antioxydant. Les expériences menées sur six porcs castrés mettent en lumière une action du DON différente selon la région intestinale analysée.

Lors de l’expérience, le DON a augmenté l’absorption de nutriments dans la partie iléale mais les mesures englobant la totalité du tractus intestinal montrent qu’au final la digestibilité totale a diminué pour la matière sèche et l’énergie; corroborant ainsi les travaux d’autres équipes de recherche. Le DON est donc absorbé rapidement, mais son action principale pourrait être due à son impact sur le microbiote du colon (précédemment montré). À l’instar des modèles de changement de poids corrélé au microbiote chez le rat et entre jumeaux humains, on peut imaginer que la modulation du microbiote par le DON influerait la satiété des porcs qui en mangeant moins perdent du poids.

 

La plupart des additifs alimentaires ne sont pas efficace contre le DON, toutefois l’utilisation du bisulfite de sodium couplé à des antioxydants (SBS-O) est capable de réduire l’impact de DON sur le gain de poids des porcs, possiblement en transformant le DON sous forme DON-sulfonatée qui est moins toxique. L’équipe du CRIPA-FRQNT a donc aussi vérifié cet impact sur la digestibilité des nutriments. L’additif SBS-O n’a pas eu d’impact sur la digestibilité totale des nutriments, même s’il réduisait leur absorption au niveau iléal. SBS-O réduisait également l’absorption du DON sans l’empêcher totalement. Fait intéressant, le SBS-O en présence du DON modifie aussi le processus de fermentation du microbiote de colon, un impact qui demeure à étudier.

 

La communauté scientifique a mis en évidence que le microbiote peut produire des molécules ayant un impact ciblé sur certains microbes pathogènes. Notamment il a été montré pour Salmonella et Candida albicans, qu’une molécule fabriquée par le microbiote va moduler les fonctions agressives de ces agents pathogènes qui colonisent alors l’intestin sans causer de maladies. Il serait donc fort intéressant de mieux caractériser les modifications du microbiote afin de trouver comment augmenter l’action protectrice du SBS-O dans cette approche anti-DON.

 

Source : Mélina Josiane Bouchard, Younes Chorfi, Marie-Pierre Létourneau-Montminy & Frédéric Guay (2019) Effects of deoxynivalenol and sodium meta-bisulphite on nutrient digestibility in growing pigs. Archives of Animal Nutrition, 73:5, 360-373, DOI: 10.1080/1745039X.2019.1641369

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